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Le Royaume-Uni 100 ans après la grève générale de 1926

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Ce 1er mai 2026, le « Trades Council » de Camden a lancé une commémoration de neuf jours en hommage à la grève générale de 1926 au Royaume Uni. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une mobilisation syndicale nationale pour célébrer le centenaire de cet événement.

Les « Trades Councils » sont des comités répandus dans tout le pays, composés de délégués des différents syndicats présents sur les lieux de travail locaux ou régionaux. Aujourd’hui, on compte environ 123 syndicats dans tout le pays, et près de 170 Trades Councils. La plupart d’entre eux sont affiliés a la Centrale Syndicale Unique, TUC (Trade Union Congres).

Les premiers Trades Councils furent créés dans les années 1840 et 1850, principalement dans les zones ouvrières, chemins de fer, mines, manufactures, docks, ateliers, bureaux, etc.

St Pancras Trades Council delegates outside 67 Camden Road, Camden Town 1926 (gratitude to George Binette) – https://www.camdennewjournal.co.uk/article/general-strike-flashpoint

L’image ci-dessus montre le local du Trades Council de Camden Saint Pancras en 1926 à Londres. Il fut originalement créé en 1907 sous le nom de Conseil Syndical de Saint Pancras. En 1926, il devint l’un des principaux centres de coordination de la grève générale nationale. Une plaque commémorative a été apposée sur la façade de son bâtiment, situé au 67 Camden Road (Londres NW1), à l’occasion du 1er mai cette année.

La Grève Générale

Comme la plupart des autres conseils syndicaux du pays, le Conseil syndical de Saint Pancras se transforma en Comité de Grève le 4 mai 1926 et adopta le nom de Conseil d’Action de Saint Pancras (SPCA).

Les principaux secteurs en grève étaient les mineurs, déjà en « lock-out » avant le début de la Grève Générale. Poussée par un très fort sentiment de solidarité dans le pays, la TUC fut obligée d’appeler à la mobilisation des cheminots, les dockers, les ouvriers de la sidérurgie, les ouvriers du bâtiment, les employés des secteurs de l’électricité et du gaz, et bien d’autres. Le 4 mai 1926, le nombre de grévistes avoisinait les 2 millions.

Presque partout dans le pays, des Conseils d’Action furent créés par les Trades Councils (et autres organisations) afin d’unifier la grève, assurer les transports essentiels, contribuer à la distribution de nourriture et de marchandises, et surtout diffuser les informations sur la grève. A Camden Road, le SPCA se nantit d’une presse à imprimer et mit en place un système de diffusion exceptionnellement efficace. Son « Bulletin de Grève Saint Pancras » sonnait les alarmes contre les actions du gouvernement conservateur qui organisait des « volontaires » (briseurs de grève) pour conduire bus et tramways. Les grévistes formaient des groupes très nombreux pour repousser les descentes de police répétées contre l’imprimerie.

A partir du 4 mai, il ne fallut que quelques jours à la SPCA pour étendre son champ d’action. Elle a alors créé un groupe de femmes et coordonné l’important dispositif de mobilisation stratégique des cheminots, tous en grève, dans les trois principales gares de Euston, St Pancras et King’s Cross. En quelques jours seulement, le Syndicat National des Cheminots (NUR) recrutait 200 nouveaux membres.

Comme nous l’avons vu, les Trades Councils sont les organes locaux de la centrale syndicale unique (TUC). Durant la Grève Générale cependant, la TUC n’est intervenue qu’avec beaucoup de passivité et de prudence. Elle publiait son propre journal « The British Workers », qui aimait conseiller les grévistes sur la manière de jouer au football. A Saint Pancras, la TUC a ordonné au SPCA de cesser d’imprimer en appui à la grève, ou de ne publier que ses propres documents.

Le SPCA s’est opposée à ceci catégoriquement. Dès le 4 mai, elle commençait à publier son « St Pancras Strike Bulletin ». Ce document n’était pas le seul dans le pays, mais il était central pour la coordination des grévistes entre les différentes régions et les différentes industries. Il publiait les nouvelles de la grève, informait sur les actions à prendre, organisait les piquets de grève et les réunions. Les travailleurs les plus engagés étaient des communistes comme Emile Burns, Frank Jackson et Kay Beauchamp. Avec d’autres, ils parvinrent à continuer de publier le « Bulletin » contre les instructions de la TUC jusqu’au 12 mai, date qui marque la fin de la grève, après neuf jours. Pas très longtemps après la fin de la grève, le SPCA qui avait tant servi la cause ouvrière, était exclue de la TUC.

Afin de rétablir l’ordre, le gouvernement se servit de la police pour attaquer les centres ouvriers militants comme celui de Camden. La classe capitaliste mobilisa l’armée grâce aux pouvoirs d’urgence du gouvernement pour faire échouer la grève. Les soldats défilaient en tenue de combat et circulaient en véhicules blindés. Churchill se montra plus déterminé que Baldwin à l’emploi de tactiques agressives. La classe patronale lutta pour obtenir la dissolution des Comités d’Action, la destruction des imprimeries et la fermeture des centres de grève. Le gouvernement veilla à étouffer toute information relative à ces agissements. Les principaux ouvriers furent arrêtés et inculpés de sédition.

Les Conseils d’action

Créé le 3 mai 1926, le Conseil d’Action de Saint Pancras se réunissait quotidiennement et siégeait quasiment en permanence tous les jours. Les militants communistes encourageaient les travailleurs à former de nouveaux Conseils d’Action dans le pays. Un Conseil d’Action type regroupait des représentants de chaque syndicat et de groupe de grève ; il comprenait des sections locales du Parti Travailliste, des organisations féminines et des volontaires. Le Comité national de grève présentait des rapports aux Conseils d’Action.

Le Camden Trades Council d’aujourd’hui, (qui était Saint Pancras en 1926), a publié récemment plus d’informations sur la grève : « Au Royaume Uni, l’idée des Conseils d’Action remonte à 1920 lorsque la TUC et le Comité Exécutif National du Parti Travailliste formaient un « Conseil d’action » pour empêcher le gouvernement britannique de déclarer la guerre à la Russie Soviétique, ou d’envoyer des troupes et des munitions aux « Russes Blancs ». 

Les cent ans qui nous séparent de la Grève générale de 1926 représentent une très courte durée, historiquement parlant. En 1926, les travailleurs britanniques ne se sont pas mobilisés seulement pour des améliorations, mais pour plus de pouvoir. Les premiers Conseils d’Action naissaient au Royaume-Uni en 1920, et non en 1926, parce que leur inspiration venait de la Révolution Bolchevique de 1917. Le nouveau Parti Communiste se formait alors avec vigueur dans la classe ouvrière de ce pays fortement industrialisé.

Dans les années 1920, l’autorité et l’influence de l’URSS étaient immenses au sein de la classe ouvrière, et jusque dans le Parti Travailliste. En 1926, les Conseils d’Action étaient souvent pro-communistes. Ils s’opposaient aux ‘Blancs’ pro-impérialistes que la classe capitaliste britannique armait contre l’URSS.

Le Conseil consultatif conjoint anglo-russe (« Anglo-Russian Joint Advisory Council »)

Ce Conseil consultatif réunissait des représentants de la Confédération britannique des syndicats (TUC) comme George Hicks, et ceux du Conseil Central pan-soviétique des syndicats de l’URSS comme Mikhaïl Tomsky. Le programme du Conseil visait à fédérer les grands syndicats internationaux, organiser des actions internationales ouvrières communes contre la guerre impérialiste (antirusse) et contribuer à la défense de l’URSS contre toute intervention britannique. Pour Léon Trotsky qui a beaucoup écrit à ce sujet, les ouvriers britanniques agissaient dans cette Grève Générale en tant que classe cherchant à arracher du pouvoir aux capitalistes. Trotsky qualifiait la Grève Générale de ‘révolutionnaire’.

Pendant ce temps, la direction de la TUC faisait tout son possible pour limiter la grève et imposer son contrôle paralysant aux militants. Son comportement visait à empêcher les ouvriers de communiquer, de publier, et surtout de gagner l’adhésion de la population.

Depuis la tribune de l’Opposition unie à Moscou et Leningrad*, Trotsky dénonçait le président de la TUC, Albert A. Purcell, député travailliste à Coventry et fondateur du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB, aujourd’hui CPB). Purcell tenait un discours « radical » pour gagner la confiance des grévistes, puis il s’alignait avec les dirigeants de droite de la TUC (comme J. H. Thomas) qui coïncidaient avec le patronat sur la question d’en finir avec la grève.

En 1925, Purcell était devenu membre fondateur clé du Conseil Consultatif Conjoint anglo-russe. La nomination du dirigeant britannique George Hicks à la présidence du Comité international de la TUC lui conféra un mandat direct pour la coordination anglo-russe.

A l’encontre de Trotsky, Staline et Boukharine ne s’alarmaient pas du « radicalisme » superficiel des délégués britanniques. En URSS, leur vision du « socialisme dans un seul pays » leur faisait chercher dans le Conseil Consultatif une diplomatie protectrice plus qu’un moyen de faire avancer la révolution internationale.

Début 1926, Staline évoqua ce qu’il appelait une période de « stabilisation capitaliste », considérant l’éventualité d’une révolution victorieuse comme « encore très lointaine ». Les dirigeants soviétiques enjoignirent le Parti Communiste britannique d’appeler à « Tout le Pouvoir au Conseil Général de la TUC ». Par cette action, « la Troisième Internationale (Bolchevique à l’origine) livrait le mouvement révolutionnaire britannique à la bureaucratie de la TUC » (World Socialist Web, d’après les écrits de Trotsky).

Trotsky condamnait Staline et Boukharine pour avoir instrumentalisé le prestige de la Révolution Russe dans un but qui masquait la trahison de Purcell et de Hicks, permettant à ces dirigeants britanniques ‘de gauche’ de devenir le dernier rempart de l’État capitaliste britannique. (Socialistworld.net).

En d’autres termes, la direction soviétique venait de confier à ces dirigeants britanniques les rênes d’une politique qui renonçait à l’internationalisme prolétarien ; une politique qui non seulement allait favoriser la croissance du Parti Travailliste en parti de masse, mais qui renonçait d’avance à la tâche de transformer le Parti Communiste Britannique en parti de masse.

L’avènement du Parti travailliste comme parti de masse n’était pas inévitable

L’un des enseignements de la Grève Générale en Grande-Bretagne réside dans le fait que la poursuite du « socialisme dans un seul pays » en URSS a empêché le jeune Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPGB) de rallier à sa cause des milliers de militants travaillistes et syndicaux, et de les gagner au communisme.

Dans la Grève Générale, le Mouvement National des minorités (NMM) était une organisation pro-soviétique qui apportait les idées communistes aux activités de grève. Le NMM créa ses propres Conseils d’Action, ou acquit l’autorité nécessaire pour prendre le contrôle de certains Conseils.

Le NMM comptait des sections particulièrement militantes parmi les mineurs. Ceux-ci désiraient une approche plus révolutionnaire, contre la pression apolitique et non-militante de la TUC. A Sheffield, le NMM publiait des bulletins d’information à caractère politique pour contrer la propagande capitaliste. Certains militants du NMM estimaient que les comités locaux devaient commencer à gérer les services essentiels et les fonctions municipales.

Même si la grève générale n’avait finalement pas pu être plus fructueuse, un contact étroit entre le Conseil anglo-russe et les travailleurs britanniques sur le terrain aurait constitué une source de force pour les luttes ultérieures. Il faut tirer ici une autre conclusion importante : nombre de conquêtes remportées par la grève en termes de pouvoir ouvrier furent inutilement sous-estimées et négligées, pour ensuite être abandonnées sans résistance, car les dirigeants choisirent de les laisser tomber.

Lorsque la TUC mit fin à la grève le 12 mai 1926, les comités de grève à travers le pays se développaient et les syndicats recrutaient encore. Le 13 mai, le nombre de grévistes à Saint Pancras était supérieur à celui de la veille. De nombreux travailleurs tentèrent de poursuivre la grève malgré l’interdiction de la TUC. Les mineurs allaient rester en grève pendant encore sept mois, et sont restés livrés à leur sort.

Le dirigeant des mineurs, A. J. Cook, dénonça non seulement le Premier ministre conservateur Stanley Baldwin, mais aussi le chef du Parti Travailliste Ramsey MacDonald et le secrétaire général du NUR (syndicat des cheminots), Jimmy Thomas.

Comme l’analysait J. Posadas dans les années 1970, la perte inutile que représentait la politique du « socialisme dans un seul pays » a permis au Parti Travailliste de se transformer en parti ouvrier de masse, sans aucun mérite de sa part. L’abandon des aspects de double pouvoir acquis au cours de la Grève Générale a offert au travaillisme des décennies de temps et d’espace politiques où il n’a fait que s’attaquer aux travailleurs et dégénérer, à l’instar du système capitaliste dont il n’est jamais sorti.

En 2026, la classe capitaliste n’a aucun appui social, ni en Grande-Bretagne ni dans le monde. Sa dégénérescence et sa férocité génocidaire atteignent des proportions révélatrices d’un régime auquel il faut d’urgence confisquer le pouvoir.

Dans un récent ‘Bulletin’, le SPAC (qui s’appelle aujourd’hui ‘The Camden Trades Council’) déclare à propos de la grande Grève Générale : « Ce n’est que la première escarmouche. Le combat reste à venir. »

Posadiststoday.org – 11 Mai 2026

* Note : Entre Juillet et Octobre 1926, Trotsky et Kamenev formèrent l’Opposition de Gauche Unifiée. En 1930, Trotsky forma l’Opposition Internationale de Gauche au sein du Komintern. En 1933, cette Opposition devint la Ligue Communiste Internationale à la suite de l’exclusion de ses dirigeants. Trotsky fondait la IV Internationale en 1938.

Image principale : Les dirigeants syndicaux britanniques du Comité Anglo-Russe 1926. (Image: domaine public).