Les Posadistes publient ce document provenant de l’organisation nord-américaine World Beyond War pour exprimer leur solidarité avec la campagne de cette organisation qui cherche à fermer les bases nord-américaines aux Etats-Unis, en Europe, au Royaume-Uni et dans le monde.
World Beyond War prend régulièrement part aux campagnes anti-guerre britanniques, et en particulier à celles de la Menwith Hill Accountability Campaign (MHAC). Le document que nous présentons, « A bas la Pax Silica ! », s’inscrit dans le cadre de ces campagnes internationales dans lesquelles participent en particulier le CND (1) national, le Bradford CND, la Menwith Hill Accountibility Campaign (MHAC), l’organisation Stop The War et d’autres. De multiples mouvements féministes britanniques et internationaux y participent et le syndicat britannique pour la justice sociale, ACORN, s’y implique également. Comme les bases syndicales dans tout le pays soutiennent les initiatives anti-guerre toute l’année, les grands syndicats comme UNITE, ASLEF, CWU et TSSA (2) sont indirectement présents dans toutes les grandes actions nationales organisées avec la contribution du MHAC, bien que ce dernier soit nord-américain.
Menwith Hill (dans le Yorkshire) est une base britannique. Elle est cependant exclusivement au service de la NASA qui y a installé le plus grand centre mondial d’espionnage et de surveillance électronique en dehors des États-Unis. Les protestataires qui se rassemblent souvent en grand nombre devant cette base du Yorkshire dénoncent la violation qu’elle représente pour la souveraineté du pays, et le fait qu’elle soit complètement exonérée de comptes à rendre.
En effet, cette base sur le sol britannique fonctionne sans aucun contrôle législatif ou judiciaire de la Grande Bretagne. Le commandant de la base est un civil nord-américain dont le nom n’est pas publié, et qui ne rend aucun compte aux autorités britanniques, qu’elles soient parlementaires ou municipales. Les manifestants et leurs organisations dénoncent le rôle meurtrier que cette base joue dans les guerres « anglo-américaines » par procuration, avec l’utilisation de drones tueurs et des opérations menées à distance, sans que celle-ci soit questionnée en public ou dans la presse britannique. Lorsqu’ils protestent à Menwith Hill, les manifestants répudient le rôle que joue cette base, qui est aussi le centre mondial des « Five Eyes » pour surveiller, s’emparer et rendre utile à leurs guerres les informations qui passent globalement par les téléphones, les satellites et les communications internationales.
Le capitalisme sait qu’il ne peut plus satisfaire le besoin humain et qu’il est désavoué par la société. Il ne peut plus gérer la production sans s’attaquer à la vie elle-même, et à la planète. Il sent qu’il a perdu le contrôle sur le futur développement du monde. Ses armes terribles et ses guerres génocidaires montrent qu’il n’a plus que la violence pour tenter de faire survivre son régime. Devant cette violence du capitalisme, l’humanité tend à se solidariser et à s’unifier. C’est ainsi que le MHAC nord-américain et les organisations britanniques anti-guerre se retrouvent périodiquement à Menwith Hill.
Sous la pression impérialiste du gouvernement de Trump, Ferdinand Marcos Junior des Philippines a signé un accord qui permet aux USA de créer d’énormes zones économiques dans ce pays, pour y fabriquer les semi-conducteurs que les USA ne veulent plus acheter à la Chine, dans le but de l’isoler.
Le 1er septembre de cette année à Manille, plus de 50 organisations civiques, environnementales, scientifiques et indigènes ont formé une coalition anti-Pax Silica (quelque fois dénommée Pax Silicana). Pour leur dirigeant philippin, Teddy Casino, Pax Silica n’est pas un programme d’investissement, c’est « une mainmise sur les ressources, la technologie et l’infrastructure du pays ». Des manifestations importantes – et fortement réprimées – ont eu lieu récemment à Bonifacio Global City, a Quezon City, Angeles City, Pampanga et autres lieux, ainsi qu’à l’ambassade des USA à Manille, avec la consigne « Fermez le Pax ». Une des nouvelles installations à New Clark City doit s’étendre sur 16 kilomètres carrés, et déraciner des milliers de personnes de la communauté ancestrale indigène Aeta.
Les dirigeants américains admettent que l’utilisation de l’intelligence artificielle IA fera partie de leurs opérations pour la production de leurs semi-conducteurs. Pour eux, cette initiative aux Philippines, dont ils sont à l’origine, ne se préoccupe en rien de la quantité d’eau et d’électricité dont elle va avoir besoin. Selon le Manilla Times, l’insistance du gouvernement Marcos Junior d’une part, et le refus populaire grandissant de l’autre, donnent à certaines zones du pays « une tournure de champ de bataille dans la guerre de la ‘tech’ entre les USA et la Chine » (3).
Publié par Posadiststoday.org le 21 septembre 2026
Notes :
1 – Voir YouTube The Manila Times – https://today.rtl.lu/news/world/philippine-tribe-in-limbo-over-us-led-tech-hub-1058677278
2 – UNITE secteur public, ASLEF conducteurs de trains, CWU communications et TSSA transport.
3 – CND : Campaign for Nuclear Disarmanent
A BAS PAX SILICA !
Le rôle des Philippines dans le soutien du militarisme et de la guerre américains
Pax Silica ne se contentera pas d’exploiter les ressources naturelles et la main-d’œuvre des Philippines ; elle entraînera davantage le pays dans un rôle au service de l’agression militaire et de la guerre menées par les États-Unis.
Par Jhay de Jesus, Organisateur pour l’Asie de World Beyond War, 10 août 2026.
Pax Silica est une coalition dirigée par le gouvernement des États-Unis. Elle a été lancée en décembre 2025 en tant qu’initiative phare du département d’État américain concernant l’intelligence artificielle (IA) et la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Ce partenariat économique entre les États-Unis et leurs alliés* facilitera les chaînes d’approvisionnement liées à l’extraction minière, à la fabrication de semi-conducteurs, à la création de centres de données pour l’IA (très énergivores) et aux infrastructures de technologies de surveillance.
La coalition Pax Silica compte actuellement 24 États membres. Israël figure parmi les membres fondateurs aux côtés des États-Unis, de l’Australie, du Japon, de la Corée du Sud, de Singapour et du Royaume-Uni. Bien que non signataire Taïwan a souscrit aux principes par le biais de la « Déclaration conjointe Pax Silica et la coopération américano-taïwanaise en matière de sécurité économique ».
Les Philippines ont rejoint la coalition en avril 2026. Dans le cadre de cette adhésion, le gouvernement philippin loue environ 4 000 acres (1.600 hectares) de terrain à New Clark City, dans la province de Tarlac (région de Luçon centrale). S’inscrivant dans le projet plus vaste du corridor économique de Luçon, ce bail est prévu pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans. Cette zone de sécurité économique accueillera des industries de haute technologie ainsi que des entreprises de soutien, servant de plaque tournante pour la chaîne d’approvisionnement des technologies liées à l’intelligence artificielle (IA). La signature de l’accord officiel contraignant est prévue pour novembre 2026.
Divers secteurs expriment de vives inquiétudes concernant ce projet. L’une des préoccupations majeures concerne la pression exercée sur les ressources en électricité et en eau. Fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les centres de données nécessitent des quantités considérables d’énergie et d’eau. On estime qu’il faut 3.000 mégawatts pour alimenter ces installations, ainsi que 60 à 130 millions de litres d’eau par jour pour leurs systèmes de refroidissement, le tout alors que le pays est confronté à des crises persistantes de l’électricité et de l’eau.
Par ailleurs, des inquiétudes ont émergé concernant les terres ancestrales et les terres agricoles. Les agriculteurs locaux sont déjà confrontés à des problèmes d’accaparement des terres et à leur conversion d’usage agricole à un usage commercial. Ils bénéficient également de peu ou pas de soutien de la part du gouvernement. Les communautés autochtones, en particulier, sont victimes de l’accaparement de leurs terres ancestrales par le gouvernement et les entreprises. Or, ces zones sont précisément celles où doivent être implantées les infrastructures de Pax Silica. Des expulsions ont déjà commencé, certaines familles d’agriculteurs se voyant proposer de faibles sommes pour céder leurs terres au gouvernement dans le cadre de ce projet.
La question de la souveraineté demeure également une préoccupation majeure pour la population. Historiquement, les accords conclus entre les gouvernements philippin et américain ont été déséquilibrés. À commencer par le Traité de défense mutuelle, ces pactes ont engendré une coopération militaire accrue, notamment à travers l’Accord sur le statut des forces (VFA) et l’Accord de coopération renforcée en matière de défense (EDCA). Ces accords ont permis d’ouvrir davantage de sites à une présence militaire américaine permanente dans le pays, source de violations des droits humains telles que les violences fondées sur le genre, la militarisation accrue des communautés et les expulsions.
Bien que le gouvernement philippin promette que Pax Silica générera des emplois et une croissance économique, aucune consultation n’a été menée auprès des communautés et des secteurs concernés. De plus, le gouvernement n’a fourni aucune garantie quant au caractère équitable de l’accord officiel contraignant, ou à sa capacité à tenir ces promesses. Pax Silica servira les intérêts militaires américains en accueillant des infrastructures destinées au développement de systèmes de surveillance, de technologies militaires et de l’industrie mondiale de l’armement.
Dans un contexte de conflits persistants impliquant les États-Unis et Israël dans des régions telles que la Palestine et l’Iran, les infrastructures du projet « Pax Silica » soutiendront l’objectif de ces deux pays de maintenir une surveillance constante sur les nations rivales désignées et de renforcer leur avantage militaire. Ces installations exposent également les communautés locales à des risques d’attaque si des pays rivaux venaient à lancer une contre-offensive. Par ailleurs, cette coalition sert l’objectif américain d’isoler la Chine en tant que source de minéraux critiques pour les semi-conducteurs, tout en s’assurant la loyauté des nations alliées.
De plus, les entreprises ayant manifesté un intérêt pour cet investissement sont connues pour soutenir les actions militaires américano-israéliennes en Asie de l’Ouest. Dans le cadre du projet Nimbus, par exemple, Google et Amazon fournissent des services d’informatique en nuage (cloud), d’intelligence artificielle et d’infrastructure au gouvernement israélien. Ces deux géants auraient exprimé leur intérêt, ou le gouvernement philippin les courtise activement pour qu’ils s’y implantent.
Avant « Pax Silica », les Philippines avaient déjà conclu un autre partenariat de production militaire dirigé par les États-Unis, visant à étudier la mise en place d’une production de munitions dans le pays. Dans le cadre du Partenariat pour la résilience industrielle dans l’Indo-Pacifique (PIPIR), les Philippines ont convenu, avec d’autres pays comme le Japon, Singapour, la Corée du Sud et la Thaïlande, d’étudier la création de nouvelles lignes de production de munitions. Ce partenariat prévoit également la standardisation des drones militaires et la mise en place de centres régionaux de maintenance.
Nos revendications
« Pax Silica », à l’instar d’autres accords entre les États-Unis et les Philippines, est un accord inégal qui sert avant tout l’hégémonie américaine et les efforts de guerre des États-Unis. Le gouvernement philippin continue de livrer nos terres, nos ressources naturelles et humaines ainsi que notre souveraineté aux intérêts américains. «Pax Silica» s’inscrit clairement dans le contexte de la rivalité persistante entre les États-Unis et la Chine; en témoignent les propos du secrétaire philippin à la Défense, Gilbert Teodoro, affirmant que s’approvisionner auprès de fournisseurs de confiance et de partenaires partageant les mêmes idées — en dehors de la Chine — réduit les risques de produits compromis, de violations de données et de vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement.
Nous devons tirer les leçons de l’expérience des communautés qui accueillent déjà des centres de données, ainsi que de notre propre histoire de «partenariat» avec les États-Unis. Nous appelons le peuple philippin et la communauté internationale à rejeter « Pax Silica ». Nous exhortons le gouvernement philippin à cesser de brader nos ressources et notre souveraineté au profit de la machine de guerre américaine. Nous appelons également le gouvernement à mettre fin à tous les accords militaires existants avec les États-Unis.
Il faut abandonner le Traité de défense mutuelle, abroger l’Accord sur le statut des forces (VFA) et annuler l’Accord de coopération renforcée en matière de défense (EDCA) ! Le gouvernement philippin doit adopter une position de neutralité dans la région.
Cessez de brader les ressources des Philippines. Défendez notre souveraineté ! REJETEZ « PAX SILICA » ! Pax Non Bellum !
Note :
* Pax Silica n’a pas été établie seulement aux Philippines. Elle est en train de s’établir dans 7 pays d’Asie plus le Kazakhstan et dans 9 pays d’Europe plus l’Union Européenne. Elle est déjà en marche au Chili, en Argentine, au Costa Rica, El Salvador et Panama. Au Royaume-Uni (un des pays fondateurs), Pax Silica s’apprête à installer ses chaines de production dans les 12 ports libres (freeports) qui jouissent déjà d’infrastructures sophistiquées, autrefois financées par l’État. Selon le journal Decode 39, les Freeports « représentent un atout maitre » pour les investisseurs mondiaux qui pourront y établir leurs chaines de manufacture et de production d’énergie en toute sécurité, exonérés d’impôts à l’import comme à l’export. Au Royaume-Uni, les Freeports envisagés sont le Teeside et le Solent. Pour Marco Rubio aux USA, Pax Silica est « le consortium grandissant de tous les pays alliés ». https://decode39.com/15107/why-europe-is-joining-pax-silica/ – PosadistsToday.org
Photo de une : Résistance de la population à Pax Silica à Manille, Philippines.